Introduction

 

 

   Après avoir raconté dans mes deux ouvrages précédents les relations mouvementées entre blancs et rouges[1], je pensais en avoir terminé avec le sujet. Mais la découverte aux archives diocésaines de Quimper du journal sans langue de bois de Christophe Jézégou, recteur de Plobannalec entre 1907 et 1946, m’a incité à rouvrir les dossiers ayant trait à cette commune, longtemps déchirée entre les paysans cléricaux de Plobannalec et les marins-pêcheurs laïques de Lesconil. Trois kilomètres de mauvais chemin séparent les pochoù gwiniz (sacs à froment) et les pochoù krank (sacs à crabes).

 

   À partir de quelle époque ces deux communautés se sont-elles regardées en chiens de faïence ? Sous l’Ancien Régime, il est fait mention à Lesconil d’une minuscule communauté de pêcheurs qui, à défaut de port, doivent échouer leurs chaloupes dans l’anse du Ster Nibilig. Pour subsister, les marins sont aussi paysans. Sous l’impulsion de personnages à fort tempérament (les Monfort, Joseph Bourligueux, le mareyeur Richard, entre autres), Lesconil prend son essor et connaît une belle explosion économique au début du XXe siècle[2]. Mais, à la tête de cette commune bicéphale, il n’y a qu’un seul maire et un seul recteur (jusqu’à la création, en 1924, d’une paroisse à Lesconil).

 

   La construction d’une chapelle en 1902 et d’un groupe scolaire en 1905 satisfont les Lesconilois, mais ils doivent toujours venir enterrer leurs défunts au cimetière lointain situé autour de l’église du bourg de Plobannalec, chez ces paysans qu’ils jalousent. Si ces derniers sont, pour la plupart, peu aisés, leur quotidien est moins pénible que celui des rudes pêcheurs, soumis aux aléas d’un océan qui ne leur laisse que peu de profit et de repos.

 

   De tendue, la situation devient explosive après le vote en décembre 1905 de la loi de séparation des Églises et de l’État. La rivalité entre Christophe Jézégou, recteur, Jules Deschennes, instituteur et secrétaire de mairie omniprésent, et William Jenkins Jones, pasteur protestant, pourrait faire sourire s’il s’agissait des personnages d’un roman tragi-comique. Mais dans ce récit, tout est véridique, y compris les campagnes électorales où, sur fond d’alcool et d’argent distribué, les politiciens des deux bords entrent en scène et s’écharpent à coups de phrases assassines. Leurs électeurs ne sont pas en reste et nous font vivre de "belles" scènes homériques !

 

   Même si la commune de Plobannalec-Lesconil n’avait pas le monopole de la violence en Bigoudénie, ses habitants savaient faire du reuz ! Voila pourquoi on en parle encore aujourd’hui !

 

 

 



[1] IIIe République et Taolennoù (1880-1905) et Auguste, un blanc contre les diables rouges (1906-1924).

[2] Dans Lesconil, Serge Duigou raconte l’histoire du port.

 

   Après avoir raconté dans mes deux ouvrages précédents les relations mouvementées entre blancs et rouges[1], je pensais en avoir terminé avec le sujet. Mais la découverte aux archives diocésaines de Quimper du journal sans langue de bois de Christophe Jézégou, recteur de Plobannalec entre 1907 et 1946, m’a incité à rouvrir les dossiers ayant trait à cette commune, longtemps déchirée entre les paysans cléricaux de Plobannalec et les marins-pêcheurs laïques de Lesconil. Trois kilomètres de mauvais chemin séparent les pochoù gwiniz (sacs à froment) et les pochoù krank (sacs à crabes).

   À partir de quelle époque ces deux communautés se sont-elles regardées en chiens de faïence ? Sous l’Ancien Régime, il est fait mention à Lesconil d’une minuscule communauté de pêcheurs qui, à défaut de port, doivent échouer leurs chaloupes dans l’anse du Ster Nibilig. Pour subsister, les marins sont aussi paysans. Sous l’impulsion de personnages à fort tempérament (les Monfort, Joseph Bourligueux, le mareyeur Richard, entre autres), Lesconil prend son essor et connaît une belle explosion économique au début du XXe siècle[2]. Mais, à la tête de cette commune bicéphale, il n’y a qu’un seul maire et un seul recteur (jusqu’à la création, en 1924, d’une paroisse à Lesconil).

   La construction d’une chapelle en 1902 et d’un groupe scolaire en 1905 satisfont les Lesconilois, mais ils doivent toujours venir enterrer leurs défunts au cimetière lointain situé autour de l’église du bourg de Plobannalec, chez ces paysans qu’ils jalousent. Si ces derniers sont, pour la plupart, peu aisés, leur quotidien est moins pénible que celui des rudes pêcheurs, soumis aux aléas d’un océan qui ne leur laisse que peu de profit et de repos.

   De tendue, la situation devient explosive après le vote en décembre 1905 de la loi de séparation des Églises et de l’État. La rivalité entre Christophe Jézégou, recteur, Jules Deschennes, instituteur et secrétaire de mairie omniprésent, et William Jenkins Jones, pasteur protestant, pourrait faire sourire s’il s’agissait des personnages d’un roman tragi-comique. Mais dans ce récit, tout est véridique, y compris les campagnes électorales où, sur fond d’alcool et d’argent distribué, les politiciens des deux bords entrent en scène et s’écharpent à coups de phrases assassines. Leurs électeurs ne sont pas en reste et nous font vivre de "belles" scènes homériques !

   Même si la commune de Plobannalec-Lesconil n’avait pas le monopole de la violence en Bigoudénie, ses habitants savaient faire du reuz ! Voila pourquoi on en parle encore aujourd’hui !



[1] IIIe République et Taolennoù (1880-1905) et Auguste, un blanc contre les diables rouges (1906-1924).

[2] Dans Lesconil, Serge Duigou raconte l’histoire du port.


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